Le futur des produits de grande consommation : la dose

Le futur des produits de grande consommation, les fameux PGC, tient dans une poche. Le SIAL 2014 a mis en lumière ce potentiel d’innovation à travers l’une de ses tendances, que nous considérons, d’un point de vue personnel évidemment, comme étant la plus lourde et la plus pertinente au regard de l’évolution actuelle de notre société de consommation (et particulièrement des pays émergés, terme étrange au regard de la sur-émergence de certains pays dits émergents comme la Chine ou le Brésil). Cette innovation est le « produit-dose », bâtie autour d’un concept fort : la juste dose d’un aliment au juste moment (le juste moment représentant un environnement de consommation où l’utilisation de la dose a tout son sens).

Son potentiel est inversement proportionnel à sa taille. Innovation banale au premier coup d’œil, qui s’apparente à réduire le format du produit et à le packager spécifiquement. Banal mais spectaculaire. Le concept de juste dose est en phase avec les nouvelles contraintes que le consommateur rencontrre aujourd’hui : contrainte économique, contrainte environnementale, contrainte pratique et même contrainte hédonistique.

Une réponse efficace à la contrainte économique

Le contexte économique actuel est difficile pour les ménages, nous entendons et voyons quotidiennement l’impact de la crise sur nos vies quotidiennes. Cela est enfoncer des portes ouvertes en disant que notre pouvoir d’achat a baissé, que la contrainte sur les ressources et matières premières alimentaires est grandissant, entraînant mathématiquement l’inflation de leurs cours et augmentant le prix des produits finis. Même si la crise alimentaire mondiale de 2007 et de 2008 a provoqué des émeutes de la faim uniquement dans les pays les plus pauvres, elle ne peut ne pas être prise en compte. Ces crises alimentaires ont d’ailleurs touchées nos consciences collectives, il suffit de taper sur google « crise alimentaire mondiale » pour voir s’afficher fatidiquement l’année 2014.

Le budget alimentaire est en faible hausse, mais c’est surtout la perception de ce budget alimentaire qui inquiète le consommateur. Celui-ci est convaincu qu’il augmentera irrémédiablement dans les mois prochains, que vous traitiez avec le consommateur français, canadiens ou espagnols.

Cette crise économique, qui, depuis le temps qu’elle dure, devrait porter le nom de mutation (Michel Serres l’a si bien dit : « Ce n’est pas une crise. C’est un changement de monde »), a fait éclore une pléthore de comportements malins que le consommateur français déploie tous les jours, et qui, aujourd’hui, sont rentrés dans les mœurs. Quelles sont ces nouvelles habitudes d’achat qui impliquent une meilleure gestion de notre budget alimentaire ? Acheter en promotion, comparer les prix sur internet grâce à l’entrée du digital dans notre quotidien, faire des arbitrages (acheter les produits « impliquants » premium et le reste mois chère en MDD), cuisiner à la maison pour éviter d’aller au restaurant, ne pas jeter les restes du dîner du soir mais les sublimer pour en faire un lunch, acheter directement au producteur, grouper plusieurs ménages et acheter en commun… Les industriels répondent parfaitement à ces nouveaux besoins, tout comme certaines entreprises qui ont imaginé des nouvelles approches de business plan plus que pertinentes (La ruche qui dit oui, mon-marche.fr). D’autres prônent des méthodes alternatives comme la production à la maison (pour citer le projet Window Farm) ou des démarches philanthropes (Incredible Edible, Partage ton frigo). Les distributeurs ne sont pas en reste : le concept du Drive qui empêche les achats d’impulsions, les fruits et légumes moches ou la vente express avec un rabais conséquent accordé aux produits qui périment le jour même.

La liste est si longue qu’un article ne suffit pas, à vous d’être à l’écoute ! Le constat est clair : la crise économique ne tarit par l’innovation en agroalimentaire mais la diversifie tout en la faisant emprunter des chemins différents.

Deux autres comportements ont aussi émergé et s’opposent par la démarche : acheter en gros et acheter en petite quantité. Les industriels ont répondu présents face à cette demande du consommateur qui se traduit par ces deux comportements distincts : le retour au plat familial, de plus gros conditionnement, des produits qui se concervent plus longtemps et, bien évidemment, les produits doses.

Mais alors, face à ce concurrent qu’est l’achat en gros, comment ose t-on affirmer que les produits de grande distribution de demain seront tous des produits doses ? Et pourquoi pas des produits en gros ? C’est là, où dans un geste théâtral et travaillé, nous abattons notre dernière carte, ou dernier comportement malin, le plus important à retenir d’ailleurs.

Gabriel de la Tour - Le tricheur à l'as de carreau - Le musée du Louvre

Pourquoi des produits doses et pas des produits grands formats ? Tout est question de gaspillage, cet horrible phénomène que tous montrent du doigt et dont nous sommes tous coupables (Sénèque dans la Vie Heureuse : « Vous vous moquez de ceux qui ont boutons, mais vous, vous êtes tous couverts d’ulcères ». On est très citation ces derniers temps). Mais courage camarade lecteur, demain tous les produits en juste dose te permettront de te laver de tous ces péchés de gaspillage qui alourdissent ton cœur (ou pas).  Rien n’est pire que le gaspillage alimentaire en temps de crise : un produit alimentaire gaspillé est un produit que l’on aura toujours payé trop cher. Or, si l’on s’intéresse aux raisons du gaspillage (d’après une étude que je ne peux mettre en ligne sous peine de rupture de confidentialité), une grande partie est dûe à un décalage entre nos comportements de consommation et nos comportements d’achats, ou plus simplement au fait que l’on ne consomme pas, ou pas bien, ce que l’on achète. Nous ne consommons pas tout ce qui a été acheté en grand format. Le produit périme, moqué par ses compatriotes de frigidaire, et se voit au final gaspillé. Pire, certains produits sont achetés et à peine ouverts par un consommateur à la volonté fragile, et dont la main qui l’a retiré du linéaire était animée d’une impulsion irréfléchie, d’un besoin de plaisir et d’évasion à la profondeur abyssale (pour tous ceux qui n’ont jamais ressenti la force mobilisatrice d’un achat d’impulsion, nous vous conseillons un tour chez les Frères Tang, aux linéaires remplis de trésors exotiques et secrets, mais trop souvent déroutants). Ce comportement malin d’acheter en trop grande quantité entraîne le plus souvent un gaspillage par ce décalage entre achat et consommation : il rentre en concurrence avec une logique économique qui prône l’anti-gaspillage. Il n’a donc pas d’avenir.

Il n’existe pas encore un marché structuré de seconde main pour les aliments, entendez un marché où se vend des aliments déjà utilisés, c’est-à-dire un marché de restes. Et même si des petits malins y travaillent, la distance à parcourir pour que ce marché se développe et se démocratise est si grande que nous espérons voire la crise économique se résorber d’ici là.

L’achat de produits en gros n’est pas une réponse pertinente aux nouvelles contraintes économiques, le produit dose oui ! Mathématiquement, baisser la quantité de produit proposée implique une diminution de prix et évite le gaspillage pour une meilleure gestion de son budget alimentaire.

Ainsi acheter un pot de miel entier dont vous n’êtes pas spécialement consommateur tous les jours devient une aberration, au regard du prix qu’il faut mettre et du gaspillage certain qu’implique vos habitudes de consommation très ponctuelles de ce produit. Heureusement, l’entreprise anglaise Rowse Honey LTD a pensé à vous en proposant ce mini-format de 43g (au lieu du 200g ou 500g traditionnellement rencontré) à un prix beaucoup plus abordable.

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Un mini-format de 43g de miel, la juste dose de miel pour une consommation ponctuelle, anti-gaspillage et économique.

De même, Charal a pensé à vous en proposant des steaks en format de 80g au lieu de 100G, plus adapté aux petits appétits et aux enfants. Le prix est plus économique (la viande coûte et va coûter de plus en plus chère), et ce format évite le gaspillage :

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L’innovation dose de Charal : un steak petit appétit de 80g

Et enfin, lorsque Léonidas désire se faire une salade grecque entre deux assauts des Perses pendant la bataille des thermopyles, il est souvent refréné par le simple fait que lorsqu’il achète une boîte de 180g de Feta Salakis, au bon lait de brebis, il n’en utilise que le quart, puis le reste périme, développant à sa surface la granulation caractéristique d’une invasion de micro-organismes. Or le cours du Drachmes n’étant pas bon, Léonidas arrête sa consommation ponctuelle de salade grecque car il ne supporte pas de voir son plaisir alimentaire entaché de gaspillage et de mauvaise gestion de son budget. Heureusement, les danois de NORDEX FOOD lui proposent la juste dose de feta, 45g, pour réaliser sa salade, tout en dépensant moins cher à l’achat. La juste dose au juste moment.

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Passons maintenant à la seconde étape de notre démonstration qui consiste à vous convaincre que le futur de la grande distribution réside dans la dose économique.

Une réponse efficace à la contrainte environnementale

Le plaisir du consommateur ne peut se voire limiter par un produit qui ne respecte pas l’environnement, ou du moins qui dégage un parfum sulfureux de non-écologisme primaire, sauf dans certaines catégories de produits ou de segments de marché (comme le luxe). Le plaisir d’achat de notre alimentation dépend aujourd’hui d’un certain respect de l’environnement, car le consommateur du 21 ème siècle possède en moyenne une sensibilité vis-à-vis du développement durable. Ainsi, l’un des facteurs les plus limitants à l’achat est une quantité trop importante d’emballage, immédiatement perceptible qui plus est. Le produit dose implique moins d’emballage, même si logiquement nous avons tendance à penser le contraire (achat de plusieurs doses équivalentes à un produit de format normal). Ce qu’il faut saisir intrinsèquement à la notion de dose est que notre consommation s’optimise en flux tendu : ce qu’il me faut au bon moment. Ainsi, au lieu d’acheter 180g de feta une fois tous les mois, vous en achetez deux fois 45g. Le format étant plus petit, cela implique irrémédiablement moins d’emballage. Le fait que le produit soit en plus petite dose ne signifie pas que le consommateur va en acheter plus : ce qu’il consommera en grande quantité, il l’achètera dans un format normal comme d’habitude. Mais pour une grande majorité de nos produits, le format dose est la réponse parfaite.

Un exemple concret pour illustrer ce paradoxe, que beaucoup de nos interlocuteurs soulèvent lorsque le concept de produit dose est présenté. Partons de Decollogne et sa dose de 100g de farine.0008056f

Au lieu d’acheter 1 kg de farine qui reste triste, seule et abandonnée tout en haut de notre placard, Decollogne propose cette dose de 100g qui permet de réaliser ce que la majorité d’entre nous font ponctuellement : un cake salé, quelques brownies et des cookies. Une majorité de la population ne rend visite à la farine qu’une ou deux fois dans l’année, nous ne sommes pas tous mères de famille ou boulangers. La question couramment posée est la suivante : et si le consommateur veut 300g de farine ?

Si Decollogne a bien fait son travail de segmentation des environnements de consommation de son consommateur (et non directement du consommateur) alors il n’y aucune raison que cette quantité soit demandée. 300g implique une utilisation de la farine plus fréquente donc le consommateur aura naturellement choisi le paquet de farine de 1kg, qui pour le coup, ne sera pas gaspillée. Enfin, si Decollogne se rend compte après avoir affiné ses études consommateurs que la quantité 300g est effectivement couramment demandée, alors à lui de proposer un format 300g. Mais il n’y a aucun intérêt à couvrir tous les grammages possibles de farine. Cela revient à demander pourquoi Charal ne propose pas un format de 1,5 steak au lieu de 2 ? Parce que personne n’a besoin de 1,5 steak.

Enfin, pour ceux qui ne sont pas convaincus de l’argument moins d’emballage, de toute façon la dose implique moins de gaspillage comme comme nous l’avons démontré précédemment. Or le gaspillage alimentaire a un coût environnemental certain. La dose gagne.

Une réponse efficace à la contrainte pratique

Une idée que nous avons déjà beaucoup développer, ce constat que le plaisir alimentaire devient central et ne peut se limiter pour des raisons de praticité. D’ailleurs, l’innovation pratique se dilue, elle devient un moyen et non plus une finalité pour vendre. Ainsi, une innovation « pratique » n’est pas considérée car le produit alimentaire doit l’être.

Le produit dose est hautement pratique, il se faufile dans une poche, un sac, des tiroirs de bureau ou des glacières. Avez-vous déjà vu quelqu’un apporter un pot entier de moutarde pour faire des sandwichs à un pique-nique ? Personne, même votre ami qui est un inconditionnel de la moutarde. Dommage pour les industriels qui perdent des parts d’estomac en ne couvrant pas cet instant de consommation. Encore plus dommageable si votre concurrents le couvre en proposant un mini-tube de moutarde à emporter partout.

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Le produit dose est ubiquiste, se consomme où on veut, quant on veut et si on veut. Il s’adapte aux besoins de votre consommateur et non l’inverse. Celui-ci vous en sera redevable, surtout qu’il a le choix entre plusieurs marques qui peut-être proposent des solutions plus adaptées à ces différents environnements de consommation.

Une réponse efficace à la contrainte hédonistique

Notre consommateur est hybride et désire une chose et son contraire. Il ne peut plus être considéré comme enclin à un comportement de consommation défini mais à une multitude par rapport à l’environnement où il évolue. Aux industriels de proposer des innovations allant dans ce sens qui couvrent chaque instant de consommation possible avec un « coeur de produit » décliné selon ces instants. Evian est passé maître dans cette stratégie, en ne vendant pas uniquement de l’eau, mais bien une façon de la consommer selon le format : bouteille-tétine, bouchon sport, bouteille en verre pour les fêtes de fin d’année et bien évidemment, le format Goutte de 20cl qui correspond à la juste dose d’eau au juste moment.

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La Goutte d’Evian de 20 cl est vendue aux sorties de metro, près des bornes Velib’ et dans les kiosques à journaux pour 1 euro. La stratégie d’Evian consiste à être là où il n’y a pas de concurrent et à mettre en place son propre réseau de distribution de la Goutte, constitué de triporteurs.

Le format dose permet de s’adapter plus facilement aux nouvelles contraintes de ce consommateur hybride. Le produit doit devenir moins « impliquant » dans le sens où le consommateur est versatile, passe d’une envie à une autre dans une logique d’équilibrage lui apportant le bonheur quotidien que nous recherchons tous à travers l’alimentation.

Ainsi, Bel l’a compris et propose au Royaume-Uni ses babybels à l’unité, et non plus dans un sachet de plusieurs portions. Le problème avec Babybel est que si l’on en veut un, il faut acheter le filet entier dont la quantité est bien supérieure à celle que nous désirons. Bel en fractionnant son offre, la réduisant à une dose de Babybel, positionne son produit d’une nouvelle façon et rend l’achat moins impliquant : le petit plaisir qui accompagne le lunch pressé du midi pour un prix abordable par exemple. Un petit plaisir que l’on veut s’offrir de temps en temps, mais pas quotidiennement, et dont le packaging en forme de filet ne représente pas une réponse adaptée. Le consommateur d’un jour sur l’autre modifie son comportement de consommation en fonction de l’environnement : une matinée plutôt stressante et le voilà en train de lâcher prise, ou au contraire une envie de mieux gérer son capital santé, et le voilà friand de produits naturels et fonctionnels. La dose s’adapte à ce nouveau consommateur hybride, presque « schizophrène ».

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La dose de babybel, innovation britannique que la France attend avec impatience.

 

Ainsi, nous terminons avec ce concept simple mais élégant du produit dose, directement inspiré des pays émergeants, notamment dans le domaine cosmétique. Le pouvoir d’achat étant faible là-bas, certains industriels comme Nestlé en Amérique Latine, proposent des doses à des prix plus abordables afin que les populations locales puissent essayer le produit. Pratique que l’on peut juger peu éthique, mais là n’est pas le sujet de notre article.

Le concept de dose porte néanmoins en lui une véritable menace pour le consommateur. En diminuant le format, le prix est alors plus accessible. Mais certains industriels peuvent utiliser cette réduction de format à un prix minime pour vendre plus cher leurs produits au kilo. Evian le fait avec sa Goutte. 1 euro les 20cl : cela revient à vendre de l’eau au prix du vin. Certes un service est rendu, certes le produit est packagé spécifiquement et cela à un coût, mais aux industriels de ne pas prendre le consommateur pour un pigeon en proposant des produits dose dont la perception du prix est juste mais le véritable prix injuste. Ce que nombreux commerçants ont fait notamment lors du passage du franc à l’euro. Aux industriels et distributeurs de jouer le jeu, et au consommateur de saquer les tricheurs avec son pouvoir d’achat, et surtout son pouvoir de non-achat.

Distributeurs, le premier qui propose une gamme complète et transverse de produits doses gagne. Industriels, vous avez désormais une bonne raison d’innover. Ne trompez jamais le consommateur car il possède désormais suffisamment d’outils et de méthodes pour retirer du circuit ceux qui ne jouent pas le jeu, c’est-à-dire ceux qui proposent un produit faussement économique.

Merci pour votre lecture,

Déméter & Kotler

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Repères nutritionnels et effet Snackwell : l’impasse d’un consommateur irrationnel

Notre histoire débute en 1977 lorsque le rapport du sénateur américain McGovern tire la sonnette d’alarme sur l’impact plus que négatif de l’alimentation sur la santé des américains. Le rapport McGovern conclut que « six des dix causes majeures de décès aux Etats-Unis » sont directement liées à une alimentation « trop riche, trop sucrée, trop salée ». Une photo connu montre McGovern posant derrière des produits de grande consommation américains avec des écriteaux soulignant la consommation de ces mauvais aliments par an par américain. Un buzz de l’époque si on peut dire :

McGovern - 1977

Le rapport de McGovern fut à la base de l’élaboration de recommandations nutritionnelles qui modifia en profondeur l’offre alimentaire américaine. Pour combattre les maladies chroniques du peuple américain (attaques cardiaques, cancers, obésité, diabète, artériosclérose et tout autres pathologies liées à une consommation excessive de nourritures riches), le rapport McGovern préconise une consommation très réduite en cholestérol, en graisses (lipides), en sucres raffinés et transformés et au contraire préférer des sucres complexes et des fibres. Ces préconisations furent diffusées vers le grand public, avec notamment une révision du symbole fort que représente la pyramide alimentaire américaine, où furent placés tout à la fin tous les aliments contenant des lipides (des graisses). Or, aucune distinction ne fut faîte entre bonnes graisses et mauvaises graisses, entre lipides saturées et insaturées. Trop complexe pour le consommateur américain jugèrent les responsables de l’époque.

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La pyramide alimentaire toujours en vigueur de l’USDA, modifée suite aux préconisations du rapport McGovern.

C’est sur ce terrain que furent semée les graines de la plus grande catastrophe sanitaire de notre époque : l’épidémie d’obésité aux Etats-Unis. Et lorsque les Etats-Unis s’enrhument, c’est la Terre entière qui éternue. Cette épidémie d’obésité, de diabète de type 2 et de fessiers gargantuesques traversa et continue de traverser les frontières américaines (prochain arrêt : l’Asie). Regardez plutôt où nous en sommes actuellement (et cela est encore pire au Mexique, tandis que la France résiste ! Notre modèle alimentaire est juste trop fort et convivial).

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Les derniers chiffres de l’obésité (pas du surpoids, on parle bien de personnes obèses) aux Etats-Unis en 2013 du Center for Disease and Prevention qui titre « Obesity is common, serious and costly ».

Ne blâmons en aucun cas McGovern, inlfuencé par les doctrines et utopies nutritionnistes de l’époque, et qui au final ne voulait que faire du bien. Voyons plutôt le vrai responsable de cette catastrophe, et déroulons l’histoire de l’effet Snackwell.

L’effet SnackWell : ce n’est pas gras, je peux y aller.

Suite aux recommandations du rapport McGovern et sa diffusion auprès des consommateurs américains, la demande pour des produits sans graisses résonna dans tout le pays. Ainsi, explosa l’offre alimentaire où la promesse du Low Fat était mise en avant. Deux phénomènes entraînerent un sursaut fantastique de l’obésité aux Etats-Unis (avant 1980, on était entre 12-14% d’obèses et en 1985, le score affichait 22-25% d’obésité) :

  • Une offre alimentaire trompeuse mais dans ses droits
  • Un consommateur américain inculte (comprenez non-éduqué)

L’effet SnackWell : une offre alimentaire désastreuse

Très bien. Puisque le gouvernement américain préconise avec succès les aliments sans graisses, alors nous allons propose une cohorte de produits toutes catégories confondues de produits à teneur réduite en graisses (low fat product).

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Ce que le consommateur américain ne réalisa pas est que les industriels remplacèrent les graisses animales dans les produits par des graisses végétales (huiles végétales) ou par du sucre, par beaucoup de sucres (notamment le fameux sirop de maïs ou sirop à haute  teneur en fructose ou encore le glucose-fructose, aujourd’hui fortement décrié pour de multiples raisons dont la plus grave est de rendre addict les consommateurs aux sucres, rien que cela). Ainsi, en enlevant les graisses de leurs produits, les industriels américains affichèrent fièrement la mention low fat ou fat free sur ceux ci, tout en gardant le même niveau de calories en remplaçant ces graisses par des sucres. Ainsi, un biscuit Snackwell low-fat est aussi calorique qu’un Snackwell classique. La teneur en graisses est plus faible mais la teneur en sucres est bien plus élevée.

Le problème est que notre consommateur américain, en voyant la mention low fat, a eu un comportement complètement irrationnel.

L’effet SnackWell : un consommateur inculte

Le consommateur américain a compris en voyant la mention low fat qu’un tel produit ne pourrait le faire grossir, alors qu’il y a  de nombreuses autres raisons que les graisses pour prendre du poids, les sucres notamment. Or les industriels ont sur-chargé en sucres toute l’offre alimentaire low fat comme ingrédients de substitution. Juste parce qu’il est mentionné low-fat sur un produit ne signifie pas qu’il n’est pas calorique.

L’effet Snackwell réside dans ce constat : alors que le consommateur américain ne mangeait par jour que deux biscuits Snackwell classiques, il mangea quatre ou cinq low fat Snacwell. Pauvre en graisses, mais si riches en sucres. Or, low fat ou non, le biscuit apporte la même dose de calories. Donc obésité.

L’explosion de produits sans graisses a rendu encore plus gros les américains. Pire encore, le nombre de maladies chroniques augmentèrent (alors que l’objectif initial était de les réduire) car en éliminant toutes les graisses de leurs régimes, les américains ne consommèrent plus les bonnes, dont une des fonctions majeures est la prévention des maladies cardiaques. Bingo. La nutrition est une arme de destruction massive.

Voilà l’effet que peut provoquer des repères nutritionnels véridiques mais inadéquats sur un consommateur avec de faibles repères nutritionnels. Une catastrophe sanitaire dont les impacts sont encore ressentis aujourd’hui et qui se transmettent à chaque nouveau pays émergeant.

Similairement, un même constat a été réalisé avec les machines à laver écologiques, consommant moins d’eau et d’électricité. Les détenteurs de ces machines à laver en réalisent bien plus que les détenteurs de machines classiques avec comme justification qu’une machine ne fait pas de mal à l’environnement. Sauf que trois machines bonnes pour l’environnement font beaucoup plus de dommages qu’une seule classique.

Le consommateur n’est pas un être rationnel

Il faut comprendre à travers cet accident historique que le consommateur n’est pas un être rationnel. Lui apporter des informations, des repères et des guides ne représente pas une solution, voire peut provoquer le résultat contraire comme l’effet Snackwell l’a démontré.  L’être humain est irrationnel, sa conception de la nutrition tout autant. Injecter des résultats d’études scientifiques, du rationnel, consiste juste à alimenter une conception personnelle et culturelle de l’alimentation, forgée depuis des millénaires par notre culture et influencée par nos expériences, où rien de rationnel ne peut en sortir. L’effet Snackwell nous a montré qu’une chimère est sortie de l’addition entre un consommateur américain inculte et des repères nutritionnels communiqués en masse.

L’apport d’information et de repères nutritionnels n’est pas le bon levier pour aider le consommateur à mieux manger. Mettre en place des repères nutritionnels pour un consommateur qui n’a plus aucune notion dans le domaine équivaut à distribuer des permis de conduire gratuitement à tout le monde, sans les former préalablement au code de la route. Certains passeront au rouge, d’autres s’arrêteront au vert. Un désastre en puissance.

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 Carrefour et ses repères nutritionnels

Nous y voilà. Tout ce développement historique pour justifier notre point de vue. L’idée des repères nutritionnels de Carrefour est une fausse bonne idée, qui risque de créer plus de cacophonie que de solutions, surtout dans un secteur agroalimentaire déjà trop bruyant.

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Une fois par jour ? Trois fois par jour ? Le produit entier ou une partie seulement ? Que signifie de temps en temps ? Toutes les deux heures, tous les repas, une fois par mois ? Chacun apportera la réponse qu’il l’arrange dans sa conception personnelle de l’alimentation : là où certains comprendront plusieurs fois par jour par De temps en temps, d’autres le comprendront par une fois par semaine. Sans parler du feu vert fatidique « trois fois par jour » qui sous-tend cette promesse de ne pas faire grossir et donc d’être mangé à volonté. un prétexte pour le consommateur qui va garnir son assiette de rations de produits trois par jour, puis d’une ration deux fois par jour et le soir d’une ration une fois par jour. La dérive alimentaire n’est pas loin. Certes il existe un site qui vous explique comment fonctionne le système mais qui ira regarder ? Le principe est le même que les capsules Nespresso : elles sont écologiques mais personne ne prend le temps de les recycler.

Quelles solutions alors ?

Notre point de vue est personnel bien évidemment. Mais tous les points de vue comptent, prenez-le comme vous le voulez. Il ne faut pas centrer notre éducation nutritionnelle sur l’aliment mais sur la prise alimentaire. Sur le comportement alimentaire à avoir mais aussi sur les activités qui peuvent contrebalancer un comportement excessif. Mettre en avant l’importance de faire du sport en facilitant au maximum son accès. Mettre en avant la convivialité du repas à travers le partage. Comment le traduire au niveau industriel ? Proposer des produits à partager, des produits qui répondent de façon pertinente et saine à nos instants de consommation. Les linéaires des supermarchés sont organisés par catégorie de produits. Ne serait-il pas plus pertinent de créer des linéaires par instant de consommation pour mieux guider notre consommateur ? Un linéaire petit-déjeuner, un linéaire « repas du soir seul pour célibataire », un linéaire repas du midi,  comme le font si bien de plus en plus de grandes surfaces avec notamment des espaces dédiés aux produits pour l’apéritif.

Egalement, mettre en place des écosystèmes alimentaires afin d’aider les consommateurs à mieux se nourrir. Nous pensons au Food Court de Singapour que l’on retrouve partout en Asie, et où on peut trouver une multitude de plats différents à des prix tout à fait abordables, ouvert toute la journée et où chacun peut trouver du plaisir sans se poser la question de savoir s’il faut manger telle chose une ou deux fois par jour.

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Le food court du métro Newton à Singapour : un endroit convivial où la nourriture se consomme sans réflexion. Nous vous conseillons d’ailleurs la spécialité : The Singapore Chili Crab

Dé-diaboliser les aliments pour rendre notre consommation alimentaire moins anxiogène. Pourquoi la France est-elle le seul pays en Europe où l’obésité n’a pas encore atteint des niveaux inquiétants ? Parce que notre modèle alimentaire prône le partage, le plaisir et la convivialité.

A quand des Food Court en France ?

Pour nous, et face à un consommateur irrationnel qui traduit son environnement extérieur en instants de consommation spécifiques, nous pensons qu’il est temps d’injecter plus « d’humanité » dans notre façon de manger plutôt que de la science nutritionnelle.

Notre pensée est encore sauvage et déconstruite, mais au fur et à mesure, et tant que ce blog continuera à exister, nous tenterons de résoudre cette énigme insolvable qu’est l’alimentation.

Merci de votre lecture,

Déméter et Kotler

 

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#1 Artiste : Living Food de Minsu Kim

Laissons place à l’art contemporain à travers plusieurs visions d’artistes de ce que pourrait être notre alimentation dans un futur, plus ou moins proche. Faisons entrer notre premier gladiateur, je nomme la virutose Minsu Kim et son projet Living Food !

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Living Food de Minsu Kim : la nourriture émotionnelle du futur, capable d’intéragir avec nous et stimuler nos sens.

Living Food : l’alimentation vivante et émotionnelle

Le projet Living Food se base sur les avancées de la biologie de synthèse, c’est-à-dire, la branche de la biologie qui s’attache à synthétiser un organisme ou une partie d’un organisme de façon artificielle. La biologie de synthèse a fait des avancées incroyables ces dernières années, Des promesses futuristes sont à portée de main, principalement dans le secteur de la santé : guérison de maladies génétiques incurables, construction de voies métaboliques sur-mesure, régénération d’organes voire repousse de membres. Beaucoup de fantasmes planent sur ce domaine de la biologie. Imaginons que demain, tous nous possédions la capacité de créer des organismes vivants selon nos désirs. C’est sur ce postulat que se base la reflexion de Minsu Kim : demain nous créerons notre nourriture de synthèse en lui donnant un métabolisme. Nous créerons de la nourriture vivante capable d’interagir avec nous, de provoquer de nouvelles sensations gustatives et esthétiques. Pour reprendre une réflexion que nous avons porté sur l’alimentation immatérielle, complétons cette réflexion de Minsu Kim avec un deuxième postulat : la nourriture de demain sera hybride. En plus de nous nourrir et de remplir sa fonction organique, la nourriture aura un rôle de vecteur émotionnel. Notre alimentation pourra transmettre, partager, amplifier, corriger et maîtriser nos émotions. Nous observerons alors un schisme culturel entre l’alimentation-organique, considérée comme primaire, vulgaire et animale, avec pour unique fonction de maintenir opérationnel notre corps, et de l’autre l’alimentation-émotion, utilisée pour interagir avec le monde selon notre propre point de vue. La condition nécessaire pour qu’une telle alimentation-émotion puisse voir le jour est l’assurance d’une sécurité alimentaire pour tous et de méthodes plus qu’efficaces de recyclage et d’anti-gaspillage alimentaire. En clair, suffisamment de nourriture pour que jouer avec n’apparaisse pas comme une absurdité culturelle.

Pour ce qui est de la biologie de synthèse, sommes-nous suffisamment en avance dans ce domaine ? Une percée dans la création ex nihilo d’un organisme vivant doué d’un mouvement propre, et donc de vie, dans le sens purement animal du terme, a été conduit à Harvard. Une première méduse au mouvement simple a été synthétisée à partir de cellules de cœur de rat.

 

Revenons à notre chère Minsu Kim. Dans ce projet, elle imagine le futur de notre alimentation dans le sillage de la haute gastronomie, la cuisine moléculaire et la biologie de synthèse. Faire du repas gastronomique une expérience esthétique et empathique, où l’aliment devient personnage, interagit avec son futur assassin qu’est le mangeur, nous divertit pendant le repas, créer des « super-sensations » dans notre bouche, notre estomac, notre assiette ? Imaginons à la va-vite une bouchée au chocolat qui n’explose qu’à la température de votre bouche lorsqu’elle se ferme, l’expérience de la consommation en serait transcendée. Ou des milliers de petites « méduses » artificielles , évoluant anarchiquement dans un verre, qui dans votre bouche lors de la consommation stimuleraient l’ensemble des zones sensibles du palais ? L’alimentation s’élève d’un cran et se rapproche d’un art qui vise à combler nos sens.

 

Une seconde vidéo de Minsu Kim la met en scène dans un repas du futur que l’on imagine sensoriellement riche, comme un divertissement au final. Demain, l’alimentation n’aura plus uniquement un rapport avec se nourrir, mais se liera au fait de ressentir. Imaginons qu’un deuxième vocabulaire se colle au premier pour décrire ses nouveaux usages : un deuxième verbe « manger » pour signifier cette expérience émotionnelle, et qui prend des distances avec son cousin qui lui signifie l’action de se nourrir. De nouveaux codes sociaux : manger pour vivre se fait seul, action dépréciée car organique, tandis que manger émotionnellement se fait à plusieurs pour apporter la convivialité nécessaire au partage des émotions.

Minsu Kim nous ouvre un monde totalement nouveau où alimentation ne rime plus avec matériel, mais immatériel, dans le monde des émotions et des sentiments.

Nous vous invitons à découvrir son travail sur son site officiel : This is Minsu.

Merci de votre lecture,

L’équipe Déméter et Kotler

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