Cinéma et Marketing : une même suspension consentie de l’incrédulité

Samuel_Taylor_Coleridge_portrait

« Il fut convenu que je concentrerai mes efforts sur des personnages surnaturels, ou au moins romantiques, afin de faire naître en chacun de nous un intérêt humain et un semblant de vérité suffisants pour accorder, pour un moment, à ces fruits de l’imagination cette « suspension consentie de l’incrédulité », qui constitue la foi poétique. » Samuel Taylor Coleridge

La suspension consentie de l’incrédulité : cette expression alambiquée renferme l’un des concepts-clés donnant vie au cinéma correspondant au contrat signé par le spectateur lorsqu’il entre dans la salle noire où sera projetée le film pour lequel il va abandonner une partie de sa crédulité, aussi réaliste que se veut le film. Les termes de ce contrat sont simples : en tant que spectateur, j’accepte de me laisser emporter dans cette fiction, (ainsi que son déroulement, sa narration et son parti pris) mais à la seule condition que cet univers que l’on me propose soit vraisemblable, du début à la fin. Vraisemblable mais pas forcément vrai. L’histoire fictionnelle doit se dérouler dans un cadre aux règles définies qui ne s’obligent pas à concorder avec le cadre de « la vraie vie véritable », et peut dépasser ce qui est connu ou reconnaissable (pensons notamment aux films de science-fiction par exemple). Le spectateur décide de mettre de côté son scepticisme pour embrasser ce nouvel univers aux règles fictives mais qui tiennent debout.

Les règles choisies par le réalisateur doivent être respectées, maintenues et à minima explicitées. Sauf dans certains films où le parti pris est de laisser le spectateur dans l’incapacité de tout comprendre. Mais restons grand public. Si le film ne pose pas et ne respecte pas un ensemble de règles, son cadre fictionnel s’effondre. S’impose alors tout naturellement sur l’histoire fictionnelle le jugement réaliste du spectateur qui mettra à bas cet imaginaire cinématographique aux fondations fragiles, créant un décalage qui le plus souvent nous fera dire que le film que l’on vient de voir fut une des plus traumatisantes expériences de notre simple et éphémère vie.

Remarquez que cette suspension consentie de l’incrédulité s’applique aussi à la littérature. En fait, cette suspension s’applique à toute situation où le spectateur va faire l’effort volontairement de croire à quelque chose qui est au-delà de sa vérité. Se trouve à la limite de ce concept cette complexe pathologie psychiatrique qu’est la mythomanie, où l’on pense constamment être ce que nous ne sommes pas : un état de suspension consentie de l’incrédulité permanent en quelque sorte.

Continuons. Les règles ne doivent donc pas être vraies mais obéir à une logique : si elles se brisent, elles entraînent dans leur chute l’ensemble du film et son imaginaire, face à la lucidité froide et souveraine de notre spectateur qui revient à la charge pour démonter tout ce que le réalisateur a tenté de partager avec nous.

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Mangerons-nous tous pareil demain ? La Food Fusion

« Dans le futur, Nous mangerons tous la même merde ! Je te le dis ! Un morceau de plastique globalisé sauce barbecue avec du jus de sucre au caramel. C’est la faute de la foutue mondialisation. Il ne reste plus qu’à nous pendre. »

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Mais non. Faux. Lâchez cette corde.

La mondialisation tend à homogénéiser une bonne partie de nos comportements, et cela aux quatre coins de la planète. Nous écoutons tous le même affreux tube de l’été que Rihanna nous a pondu, où plutôt que les quatre assistants de Rihanna nous ont pondus, nous sommes émerveillés face à la même vidéo de chaton sur internet qui s’emmêle les pattes dans un tapis, ou encore solidaires avec un événement injuste arrivé à d’autres, comme la dissolution du groupe One Direction ou la destruction culturelle du musée de Mossoul par Daesh. Choissisez votre camp, camarade. La sortie de Fifty Shades of Grey excite les foules des pays où le film n’a pas été censuré, et vous pouvez sans aucun problème voir danser sur le net aussi bien des japonais que des maoris sur un Harlem Shake (si, si, souvenez-vous du Harlem Shake). Allons-nous tous nous comporter de la même manière ? Tous célébrer les mêmes idoles ? Tous s’évader devant les mêmes films au cinéma ? C’est bien partie et toujours en cours, ma foi. Mais c’est à ce moment que s’élève une voix tenant un discours similaire : allons-nous tous manger la même chose ? Le patrimoine gastronomique mondial est-il condamné à un appauvrissement général ? Critique souvent soutenue par ceux qui fustigent la malbouffe en invectivant les foules autour de la menace de voir toute les bouches du monde entier ingurgiter la même merde de chez McDonald’s, de boire le même Coca-Cola, avec Unilever, Nestlé, Pepsico et autres KFC dénoncés furieusement et j’en passe.

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Du « Toujours plus vite » à la valorisation de la lenteur

Originally posted on Déméter et Kotler:

« Je suis débordé !», « Je n’ai pas le temps de faire ça », « Je ne sais pas si je peux, je suis pris tous les soirs cette semaine… » « Ah non, pas le Mardi, j’ai Aquaponey ! », « La deadline ? C’était pour hier ! »

Alice_aux_pays_des_merveilles

Le temps devient aussi précieux que l’argent. Comme si une épidémie mondiale écourtait le temps libre de nos vies quotidiennes. Un besoin de temps motive notre quotidien. Jamais nous n’avons vu autant les hommes et les femmes si peu libres, tout en évoluant dans un environnement où tout a été imaginé, et continue d’être imaginé, pour faire gagner toujours plus de temps.

Les actions non critiques doivent être simplifiées, optimisées, expédiées, et si possible synchronisées pour qu’elles n’impactent pas négativement notre capital de temps libre. Synergie is the new black. Abattre deux tâches en une seule apparaît comme le nouveau procédé pour tout…

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